L'attente

 

 

Mon coeur est maintenant ouvert comme une porte.

Il vous attend, ma Bien-Aimée; viendrez-vous?

Que vous veniez demain ou plus tard, que m'importe!

Le jour, lointain ou proche, en sera-t-il moins doux?

 

Ce n'est point un vain mal que celui de l'attente;

Il conserve nouveau le plus ancien désir.

L'inattendu bonheur dont la venue enchante

Passe; à peine en a-t-on su goûter le plaisir.

 

Et l'on s,en va criant l'inanité des choses,

Pour n'être jamais aux choses préparé,

Insensé, qui repousse un frais bouquet de roses,

Accusant le parfum qu'il n'a pas respiré.

 

Une heure seulement de pure jouissance,

Pourvu que dieu m'accorde un quart de siècle entier

De rêve intérieur et de jeune espérance,

Pour méditer sur elle et pour l'étudier.

 

Une heure suffira, j'airai vécu ma vie

Aussi pleine qu'un fleuve au large de son cours,

l'ayant d'une heure, mieux des jours fous, emplie;

D'une heure, Essence et fruit substantiel des jour!

 

Mon coeur est maintenant ouvert comme une porte,

Il vous attend, ma Bien-Aimée; y viendrez-vous?

Que vous veniez demain ou plus tard, il n'importe!

Mon attente d'amour fera de telle sorte

Que mon lointain bonheur en deviendra plus doux.

(Albert Lozeau)

 

 

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